Abd Al Malik a déjà vécu plusieurs vies : d'origine congolaise, il s'appelle d'abord Régis. Il vit à Brazaville, puis sa famille s'installe à Strasbourg. Il zigue zague entre études brillantes et délinquance, radicalisme religieux, chrétien et mulsulman, puis soudainement prend son envol et le nom d'Abd Al MALIK.
Il commence une carrière dans le rap, à la tête du groupe NAP, développant un style unique. Puis ce sera le phénomène « Gibraltar » en 2006 qui s'écoule à 250 000 exemplaires, le consacre "Victoire de la Musique catégorie Musiques Urbaines". Suivront le prix Constantin, et la médaille de Chevalier des Arts et Lettres. Abd al Malik est profondément attaché à La France, vénère ses écrivains, philosophes, et la chanson intello française (Brel, Nougaro, Gréco, tout ça ...). Plus étonnant, sur Dante, son nouvel album, il y chante en alsacien, dépoussiérant le régionalisme avec une classe inouie.
Abd Al Malik n’a pas fait de son rap une arme de guerre. Mais il n’est pas non plus du genre à reculer, à se repentir, à affadir son propos. Donc, deux ans après Gibraltar, il enfonce le clou – spirituellement, musicalement, éthiquement.
Le choc de son précédent album était la rencontre avec Gérard Jouannest, compositeur légendaire, pianiste de Jacques Brel, compagnon de scène et époux de Juliette Gréco. Pour Dante, Jouannest a écrit six mélodies sur lesquelles Malik a posé ses mots. Puis Alain Goraguer, orfèvre des albums historiques de Serge Gainsbourg, a écrit des arrangements enregistrés « à l’ancienne » : tout l’orchestre dans le studio, Jouannest au piano et Malik devant le micro et tout le monde enregistre ensemble, en deux prises au maximum. Abd Al Malik a aimé « ce trio inimaginable » qu’il a formé avec Alain Goraguer et Gérard Jouannest, qui avaient travaillé ensemble pour la première fois il y a plus de cinquante ans. Et, toujours « pour faire du lien, pour dire d’où je viens et ce que je suis », le rappeur le plus révolutionnaire du début de ce siècle a enregistré en duo Roméo et Juliette, une fable morale d’aujourd’hui, avec l’infiniment libre Juliette Gréco qui, comme lui, bouleversa jadis l’idée que les conservateurs se faisaient de la musique populaire.