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Rhys Chattam/Mein Sohn William @ Roulements de Tambour, le Diapason, 20'01 2010
Roulements de tambour et lumières bleutées pour cette entrée, au Diapason, scène d’hiver. Les acteurs de ce festival, malgré un budget très serré, se battent pour leurs convictions, quitte à aller chercher les artistes en voiture, à l’aéroport, en évitant les péages, à les loger à la maison, à boire du vin rouge au cubi, pas du champagne, ben non. Professionnels ou étudiants, tous s’engagent. Du beau travail, et une programmation audacieuse : Papier Tigre, Damo Suzuki (ex Can) avec France Sauvage, Cobra Killer, pour n’en citer que quelques uns…
Ce soir ce sera éclectique : Mein Sohn William, projet d’un rennais inspiré, suivi d’un grand personnage de la scène post moderne New Yorkaise : Rhys Chattam.
Mein Sohn William
Entrée en scène : ce grand garçon a de très belles chaussettes, vraiment. Un petit short très seyant également. Autour de lui-tout-seul, ses instruments : une guitare, un clavier, son micro et…surtout un looper (en français, pour les non-initiés : boucleur), tout simplement, qui lui permet tout plein d’effets. Et pour jouer, il joue, oui (hihi) tout est bon. La gratte se fait frapper : détournée ! Le pied du micro ne s’en tire pas à meilleur compte. Même ses petits mots au public sont l’occasion d’une gourmandise, son après son, il nappe, hop la ! Recette, pour ceux à qui Mémé, ou le père Noël, n’a pas offert le même jouet : d’abords enregistrer un son. Quelques accords à la guitare, très peu, pourquoi pas un peu cold-wave, vous suivez ? Faites tourner, en boucle, d’où le nom du bidule, là. On rajoute une couche ? Quelques mots, chantonnés, des souffles, une mélopée hispanisante, sans se prendre trop au sérieux, eh, comme si ça venait comme ça, une sorte de grand n’importe quoi. Le tout fait dans une forme de transe (mais il est sous quoi ? Alice, on a retrouvé ton dealer!), une petite danse épileptique, frénétique, comme sa musique : il bouge et de partout, tout le temps. Il est même partout à la fois, sa tête va plus vite que ses doigts, c’est dire…Et tout ça semble maladroit, fait à l’arrache, ça pourrait déraper …Mais non ! C’est beau, un peu torturé, drôle et mélancolique à souhait. Exit sans prétention, il met le public en lumière, pour voir ceux qui se cachaient là, et descend par devant, quelle classe.
Pour les malheureux qui n’auront pas vu ses chaussettes, passez donc le10 février, au Jardin Moderne.
http://www.myspace.com/meinsohnwilliam
Rhys Chattam
Petit chapeau noir et en biais, vieux jean mal coupé : apparition, et quelle allure ! Autour du grand monsieur, ses musiciens, peu nombreux en cette occasion : seulement une petite dizaine. Ca fait combien de cordes ça ? Peu, si on compare à ses œuvres pour cent guitares, ou beaucoup plus. Photographie : lui au milieu, derrière, un batteur, un bassiste à gauche…et puis quoi ? Une, deux, trois…huit guitaristes, en demi cercle, bien répartis, un peu comme des enfants de chœur. Tous, le suivant des yeux, attentifs : les notes ne sont pas notées. En toute humilité, il a un rôle central dans la pièce, c’est bien lui le chef d’orchestre. D’ailleurs, il joue comme ça, les suit des yeux, quitte à ne montrer que son dos. Un ou deux pas esquissés, genoux à terre, quand même, dans les montées…
Ca démarre assez fort, le public est saisi, un peu sous le choc : un morceau très long, au lent tempo, construit sur des harmonies et tout un jeu de résonances, très sombre. J’accroche, mais il faut l’avouer, l’entrée n’est pas au goût de tous. La deuxième pièce est plus abordable, un peu plus courte, moins expérimentale, plus rythmée aussi : on y prend goût, ça y est, ma voisine sourit, et les balourds d’à côté sont sortis. Exploration, toujours profondes, des mélodies. IL y a comme des illusions sonores : pas de cordes vocales, et pourtant on entend des voix. Ce sont les harmoniques, ces notes fantômes, qui chantent sans être jouées…Troublant. Personne ne se met en avant, tous se suivent, s’accordent. A regarder, c’est peut être un brin trop sage, la chorale est très concentrée…Troisième musique, ça deviendrait presque funky, en comparaison. Presque, oui : la basse s’impose, claque quelques slaps…Les sont sont plus tempérés, plus proches du quotidien de nos oreilles. Entre les actes, respect : le temps de boire une gorgée d’eau, après avoir fait le mur du son, quelques petits mots en français, charming. Dernier air, pour le rappel : de la musique pré-socratique. C’est quoi ? La gamme pythagoricienne, ça s’appelle, il dit, le monsieur…Ah oui ? En clair, sans détails, c’est un système basé sur les accords de quintes. Fa passe la balle à Do, qui l’envoie au Sol, puis à Ré, l’ami, si…(hum) Ca donne un chœur de guitares très dark, hanté, des sons qui font vibrer les os…C’est pas magique, c’est de la physique, mais l’effet est impressionnant, beau, un peu glauque : applaudissements, catégoriques et mérités.
http://www.myspace.com/rhyschatham
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