Acte 1, scène 1 : Quand, le jour de sa naissance, il pousse son premier cri, la sage-femme l’affirme : il a un flow de fou. Des années plus tard, la prédiction ne s’est pas démentie. A trente années passées, dont presque la moitié consacrée à la culture urbaine, Skap’1 a un phrasé tout particulier et un univers unique. Skap, c’est un mix, toujours en équilibre sur un fil, à mi-chemin entre gentleman et rappeur, entre rappeur et rêveur, entre rêveur et poète, entre poète et révolté. Agitateur de consciences, ses textes engagés sont mieux écrits que certains discours politiques, et ses morceaux intimes poussent avec pudeur une porte ouverte sur son cœur. Amoureux de l’art sous toutes ses formes, ce gendre idéal, humble et discret dans la vie, étale sa verve sans complexe et sans pitié dans sa musique, un univers ouvert dans lequel chacun peut retrouver une part de soi.
Mélancolie et colère s’affrontent sur scène, son énergie d’enragé authentique et sa nostalgie de p’tit gars de la rue, perdu au milieu de ses émotions forment un étrange mélange et lui assurent l’adhésion du public. Mixtapeur hors-pair et activiste de la première heure, il écoule 1000 exemplaires des 2 volets des « Fourberies » et de « Silence radio », et ses 2 premiers albums ont été des succès critiques et commerciaux « Bouge en silence » (compilation / 1500 ex), « Corde Vocale » (son 1er album solo / 1200 ex) lui offrant la reconnaissance de ses pairs et lui attachant un public de fans fidèles. Originaire de banlieue parisienne, bercé entre la commedia dell’arte et la culture Hip-Hop, Skap’1 vit depuis plus de 10 ans sur les côtes bretonnes. Il a construit son univers avec le temps, la vie et ses tourments. Figure incontournable du milieu (le rap, pas la mafia) underground, Radio Laser lui a confié l’animation de l’émission BSide, consacrée aux morceaux hip-hop méconnus du grand public, deux fois par mois. Tourné vers les autres, le cœur sur la main (mais ne lui dites pas, il n’aime pas ça) loin des clichés du gangsta-rappeur-caillera, il dirige aussi des ateliers d’écriture auprès d’adolescents en difficulté sociale et de détenus.
Artiste fantaisiste aux fantasmes fantasques, le masque et la plume lui servent de bouclier et d’épée ; sa rhétorique poétique réplique sans frémir à la violence sociale que nos politiques créent, galvanisent puis condamnent. Indépendant, puisque trop loin des critères et poncifs de l’industrie du disque, il rappe sans retenue, sans barrières ni frontières ; il écrit encore et toujours avec le cœur et les trippes, juste pour le soulagement de partager.
Alors pourquoi « Skap’1 » ? La biographie de Molière dit : « Impitoyable pour le pédantisme des faux savants, le mensonge des médecins ignorants, la prétention des bourgeois enrichis, Molière aime la jeunesse qu'il veut libérer des contraintes absurdes. Très loin des rigueurs de la dévotion ou de l'ascétisme, son rôle de moraliste s'arrête là où il l'a défini : « Je ne sais s'il n'est pas mieux de travailler à rectifier et à adoucir les passions des hommes que de vouloir les retrancher entièrement »… », il fallait donc trouver un personnage à la hauteur de la Comédie Française, et Scapin allait lui sied comme un gant… de velours ! Comme le front, le fond sera populaire mais sous la forme de Molière…
« Je ne suis au final qu’un simple saltimbanque ayant choisit d’écrire pour exister… » affirme dans un souffle Skap’1 qui n’a déjà qu’une seule hâte, reprendre son stylo en main et son micro en bouche pour crier ses mots à la face du monde. Et on la partage, sa hâte : La Comédie française, son deuxième album solo, est prévu pour fin 2010. Vite !
Marlène Schiappa Bruguière